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Se former et financer

Mesurer l'adoption de l'IA dans son entreprise

Les indicateurs qui disent l'usage réel d'un assistant, le relevé de départ à faire avant de former, et ce que mesure l'Insee depuis 2023.

Illustration d'un chronomètre, d'un tableau de bord et d'une pile de fiches reliés entre eux

L'adoption se mesure au nombre de tâches qui passent vraiment par une procédure, à la part des productions reprises sans retouche, et à l'écart avec le temps que ces tâches prenaient avant. Le nombre de comptes ouverts n'en dit rien.

Une direction qui a distribué des licences se retrouve trois mois plus tard devant une question simple à laquelle personne ne sait répondre : est-ce que ça sert ? Le fournisseur remonte un nombre d'utilisateurs actifs. Les équipes disent que c'est pratique. Rien là-dedans ne permet d'arbitrer sur la suite.

Où en est vraiment le marché français

L'Insee mesure l'usage de l'intelligence artificielle dans les entreprises depuis 2023, par son enquête sur les technologies de l'information et de la communication. Le champ couvre les entreprises de dix salariés ou plus des secteurs principalement marchands, hors agriculture, finance et assurance.

En 2025, 18 % d'entre elles déclarent utiliser au moins une technologie d'intelligence artificielle. Elles étaient 10 % en 2024 et 6 % en 2023. L'écart selon la taille reste le fait marquant.

Taille de l'entreprise Part utilisant l'IA en 2025
10 à 49 salariés 15 %
50 à 249 salariés 31 %
250 salariés ou plus 58 %
Ensemble du champ 18 %

Source : Insee Première n° 2120, Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025, paru le 21 juillet 2026.

Deux autres chiffres de la même publication éclairent la suite. Chez les utilisatrices, l'analyse du langage écrit arrive en tête avec 56 %, devant la génération de texte ou de parole à 43 %, donc l'usage dominant porte sur l'écrit. Et parmi celles qui n'utilisent pas d'IA, 71 % déclarent n'y voir aucune utilité pour leur activité.

Ce dernier chiffre est le plus instructif. La barrière est d'usage : personne n'a montré à ces entreprises un cas qui ressemblait au leur.

Ce que le nombre de licences ne dit pas

Un tableau de bord fourni par un éditeur compte les connexions. Une connexion signifie qu'une personne a ouvert l'outil, pas qu'elle a terminé une tâche avec.

Prenez deux services affichant le même taux de connexion. Dans le premier, chacun pose des questions générales, obtient des réponses correctes et refait ensuite son travail comme avant, avec un outil en plus. Dans le second, quatre tâches récurrentes sont passées en procédure écrite, rejouée à l'identique par tout le monde.

Le second a changé de manière de travailler. Le premier a distribué des licences.

Les indicateurs qui tiennent

La couverture, comptée par tâche

Comptez les personnes qui utilisent l'assistant chaque semaine sur une tâche nommée. La tâche figure dans l'énoncé de l'indicateur, donc la réponse se vérifie au lieu de se déclarer.

L'unité de mesure devient le couple personne et tâche. Un service de huit personnes qui a basculé deux tâches sur trois couvre seize situations sur vingt-quatre, et l'on sait lesquelles manquent.

La profondeur, comptée en procédures

Une conversation improvisée donne un résultat variable. Une procédure enregistrée donne le même résultat à chaque exécution, et c'est ce qui rend un usage transmissible à un collègue.

Le nombre de procédures écrites, partagées et rejouées au moins une fois par semaine reste l'indicateur le plus solide dont dispose une direction. Il est aussi difficile à gonfler, puisqu'une procédure qui ne sert à personne se repère tout de suite.

La reprise, comptée sur la sortie

Pour chaque procédure, la production part telle quelle, part après retouche, ou finit à la corbeille. Relever cette répartition sur vingt exécutions coûte une demi-heure et dit la qualité réelle du dispositif.

Une part de rejet élevée sur une procédure donnée désigne une consigne incomplète ou une source de vérité manquante, et on rouvre la procédure pour la reprendre.

L'écart de temps, relevé sur la même tâche

Le seul indicateur qui parle à une direction financière, et le seul qu'on ne peut pas reconstituer après coup. Il demande de chronométrer la tâche avant de l'automatiser, sur cinq occurrences réelles.

Sans ce point de départ, le gain se déclare au lieu de se mesurer, et un gain déclaré ne tient pas devant un contrôle de gestion.

Le relevé de départ, à faire avant de former

Une demi-journée suffit à poser ce qui servira de référence.

Dressez la liste des tâches candidates, par service, avec leur fréquence : une tâche mensuelle ne se compare pas à une tâche quotidienne. Chronométrez-les sur des cas passés plutôt que de les estimer. Posez pour chacune la question de confidentialité, parce que la réponse conditionne le choix de l'outil, et ce point se traite dans la charte IA en entreprise. Nommez enfin un responsable par tâche : une tâche sans propriétaire n'est jamais reprise après la formation.

Ce relevé donne la base de comparaison, et il fournit la matière des ateliers. Une session bâtie sur les tâches réelles de l'entreprise produit des procédures utilisables dès le lundi.

La cadence de mesure

À la fin de la formation, on compte les procédures écrites et testées. C'est un indicateur de production, pas encore d'adoption.

À trente jours, on compte celles qui ont été rejouées sans l'aide du formateur. Ce qui a disparu à trente jours ne reviendra pas seul.

À quatre-vingt-dix jours, on reprend le temps par tâche et la part de reprise. L'écart avec le relevé de départ devient alors exploitable.

Cette cadence a une seconde vertu. Depuis le 2 février 2025, l'article 4 du règlement européen sur l'intelligence artificielle demande aux organisations qui déploient de l'IA de prendre des mesures pour développer la maîtrise de l'IA de leur personnel. Un suivi daté, avec ses tâches et ses responsables, en est la trace la plus simple.

Mesurer suppose d'avoir quelque chose à compter

Les indicateurs plus haut ne produisent de chiffres que s'il existe des procédures à compter, des sorties à classer et des tâches dont le temps a été relevé. Une organisation qui s'est contentée de distribuer des licences n'a rien à mesurer, et c'est la même cause qui produit les 71 % de non-utilisatrices : personne n'y a montré un cas qui ressemblait au leur.

La personne qui dresse la liste des tâches candidates doit aussi savoir ce qu'un modèle fait d'une consigne. Sans ça, le relevé retient des tâches qui ne s'automatisent pas, un arbitrage qui engage, un jugement porté sur quelqu'un, et laisse de côté celles qui s'y prêtent le mieux, les livrables répétitifs à format fixe.

Le point de départ commande le format.

  • La question « à quoi ça sert chez nous » est encore ouverte : l'initiation à l'intelligence artificielle tient en une journée et sert à arbitrer, y compris à décider de ne pas y aller sur un sujet donné.
  • Les équipes produisent déjà du texte, des visuels ou de l'analyse : IA générative construit ses ateliers sur vos propres dossiers, donc sur des tâches mesurables dès la sortie de session.
  • L'objectif est la profondeur, des procédures branchées sur les outils métier plutôt que des conversations : IA utilisateur avancé. Les cas détaillés sur ce blog, la connexion au CRM et la rédaction des devis, en sortent directement.

Dans tous les cas le relevé de départ se fait avant la session. Le dossier de prise en charge demande de son côté un bon mois d'avance : c'est le temps qu'il faut pour chronométrer les tâches visées, et un dossier qui les nomme s'instruit mieux qu'un dossier qui demande une formation à l'IA.

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