Les femmes et les métiers du numérique : Rencontre avec nos deux développeuses Sophie et Noëlie

Malheureusement on constate aujourd’hui qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui ont choisi le développement web comme carrière. Selon une enquête mondiale réalisée en 2020, 91,5% des développeurs sont des hommes, soit une écrasante majorité ! Une autre enquête menée par PwC a révélé que seulement 27 % des étudiantes envisageaient une carrière dans le domaine des technologies, contre 61 % des hommes, et que seulement 3 % d’entre elles ont déclaré qu’il s’agissait de leur premier choix. Pourquoi une telle sous-représentation des femmes dans le développement web ?

Comment faire évoluer le développement web ? En promouvant les femmes développeurs !

Aujourd’hui plus que jamais, il faut promouvoir les femmes dans le métier de la tech. Plusieurs associations existent et se concentrent sur cet objectif. 

Girls in Tech est un réseau international avec plus de 7 500 membres répartis à travers de nombreux pays dont la France. La mission de Girls in Tech est de mettre en valeur les femmes et leurs parcours dans la technologie, afin d’encourager la mixité dans un milieu traditionnellement masculin.

Duchess France est une association française destinée à valoriser et promouvoir les développeuses et les femmes avec des profils techniques. L’association a pour objectif de leur donner une véritable visibilité, et faire connaître les métiers techniques aux jeunes filles. Pour ce faire, l’association organise régulièrement des événements (formations, ateliers, sessions de coaching…)

Qui a dit que le développement web était un métier d’homme ? Rencontre avec Sophie Longo et Noëlie Sylvain, développeuses chez DonkeyCode.

Quel est votre parcours ?

Sophie : Après des études sur les métiers du livre, je suis rentrée dans le monde du travail en devenant vendeuse puis responsable adjointe d’un magasin d’un autre type de produits culturels : le jeu vidéo. J’ai vécu de belles années dans cet univers. Malheureusement la crise et le marché tendu dans ce secteur ont conduit l’enseigne à fermer définitivement ses portes. Je me suis alors reconvertie dans le développement web après une formation de 7 mois. Aujourd’hui, je suis développeuse web au sein de l’agence DonkeyCode et j’exerce ce métier depuis 7 ans.

Noëlie : Après un bac ES, je me suis directement dirigée vers l’école Epitech. Ensuite je me suis un peu perdue dans le sud de la France avant de revenir sur Paris en 2017 et d’être embauchée chez Donkeycode en tant que dev back.

Pourquoi avez-vous choisi de vous orienter vers cette filière ?

Sophie : Quand on se retrouve confronté à un licenciement économique, on en vient à se poser beaucoup de questions : c’est le début d’une « nouvelle ère ». Pour ma part, la fermeture de ce magasin a été un choc affectif fort et je ne souhaitais plus revivre cette expérience. Autrement dit, à mes yeux, continuer d’exercer (dans ce même secteur) était inenvisageable. Ensuite se sont enchaînés les ballets de tests de compétence et de personnalité chez pôle emploi ce qui m’a permis de réaliser que je possédais un esprit méthodique. Comme j’avais un attrait certain pour les nouvelles technologies et que je gardais de bons souvenirs de mes sites personnels bidouillés lors de mon adolescence, j’ai tenté l’expérience de la programmation web. Grâce à ce licenciement économique, j’ai pu recevoir des aides pour obtenir et financer ma formation.

Noëlie : J’ai toujours été curieuse de tout. J’aime savoir comment les choses fonctionnent et j’ai voulu comprendre le fonctionnement de l’informatique. Je n’aime pas “stagner” et c’est vrai qu’au lycée le programme est très redondant. J’étais très frustrée et j’avais malheureusement l’impression de perdre mon temps. Après le lycée je me suis tournée vers Epitech notamment pour sa pédagogie où on apprend très vite beaucoup de choses. J’ai été ensuite attirée par l’informatique car c’est un monde qui évolue énormément et surtout c’est un métier où on ne s’ennuie jamais. Je savais donc qu’il y aurait toujours une nouvelle techno à apprendre. Je suis un peu aventurière alors je pense que de manière générale, si on avait été en 1770 j’aurais sûrement travaillé sur les machines à vapeur, en 1890 sur les ondes radios. Sauf qu’en tant que femme ça aurait été impossible avec toutes les restrictions de l’époque. Heureusement, au 21 siècle on a accès aux études qu’on veut (plus ou moins, car les filles sont encore très découragées par les études « scientifiques »).

Combien de femmes étiez-vous dans votre formation ?

Sophie : Je ne saurais plus répondre à cette question avec exactitude. Néanmoins, nous étions en grande minorité

Noëlie : Je n’ai plus les chiffres exacts mais on devait être 15 à 20 femmes dans ma promo, (avec beaucoup d’abandons) en 1ere année pour une grosse promo de 500/600 personnes. Mais je tiens à souligner que les abandons étaient des deux côtés.

Avez-vous ressenti durant votre formation que c’était un milieu masculin ?

Sophie : De mon expérience, étant déjà en grande minorité durant ma formation en développement web, il est évident que le développement est un milieu d’homme. Tout comme, quand je poursuivais mes études dans les métiers du livre, nous étions une très grande majorité de femmes. Grâce aux travaux de sociologues et à la sensibilisation des associations féministes, nous savons que nous évoluons dans une société qui entretient des stéréotypes de genre. Ces stéréotypes ont une influence sur nos choix d’orientation. En effet, on nous rabâche depuis notre plus jeune âge que les filles sont des pipelettes, qu’elles adorent la communication mais qu’elles n’ont pas le sens de l’orientation et qu’elles sont nulles en math. Alors, arrivées au lycée, lors des “grands choix d’orientation”, les femmes doutent de leur potentiel. Mais ce n’est pas pour autant que le milieu du développement restera masculin. De plus en plus de personnes ont maintenant conscience de ces biais et de plus en plus de femmes entrent dans ce secteur.

Noëlie : Forcément, oui. Il y avait très peu de femmes, que ce soit chez les étudiants ou chez les formateurs. Les seules femmes étaient du côté des membres du personnel comme l’administration. C’est également un milieu très geek qui a quelques travers et ses dérives misogynes. J’ai eu le droit à quelques remarques sexistes du style “ta place est à la cuisine” et autres bassesses. Mais ça peut arriver partout, ce n’était pas forcément lié aux études. Et pour l’anecdote, après avoir vu ma réaction, le mec s’est excusé et on en a discuté et c’était très cool. Par contre, en tant que femme, il fallait vraiment assurer et prouver sa valeur pour pouvoir être prise au sérieux. Par exemple, lorsqu’il y avait des projets en pairprogramming, les questions techniques sont posées aux femmes du groupe lors de la soutenance car il y a ce soupçon d’incompétence lié au stéréotype qu’on est une “fille”, ou qu’on va mettre plus de temps à comprendre quelque chose. (Sans parler des bruits de couloirs qu’on peut entendre parfois “c’est pas possible, si elle réussit si bien c’est qu’elle a utilisé ses charmes pour qu’un mec code à sa place”). J’ai eu la chance de retrouver dans ma promo un ami d’enfance/collège, que j’avais perdu de vue depuis le lycée, puis de m’entourer d’un tas de personnes bienveillantes dès la première année et ne pas avoir de problèmes. (Théo, Damien, je vous aime 💕.)

On parle souvent des milieux du numérique comme étant un peu machiste ou un peu stéréotypé, qu’en pensez-vous ?

Sophie : La société est machiste et stéréotypée, c’est un fait. J’imagine que quand on évolue dans un milieu où les hommes sont en majorité, on est aussi confronté aux phénomènes des « boys clubs ». Pour ma part, je ne l’ai jamais vécu mais cela peut exister : oui. Je peux dire que dans mon ancienne vie professionnelle, je recevais souvent des remarques ou des comportements sexistes. Je pense que j’en recevais souvent car j’étais au contact du public et que globalement, la société est stéréotypée. Aujourd’hui, je suis entourée de personnes bienveillantes mais il m’arrive aussi de recevoir des blagues/petites remarques misogynes. La différence c’est qu’aujourd’hui je me suis promis de ne plus laisser de remarque sexiste passer. Le plus important est de communiquer afin que tout le monde prenne conscience des mécanismes de notre société et qu’on puisse un jour la changer.

Toujours sur ce sujet des femmes dans les milieux du numérique, Audrey Neveu a présenté un talk sur la diversité vraiment très intéressant. Certes la présentation date de 3/4 ans mais elle est toujours d’actualité. 

Video d’Audrey Neveu.

Noëlie : La société est machiste de base. Forcément, comme l’informatique est un milieu très masculin cela n’aide pas. Mais il y a toujours possibilité de s’entourer des bonnes personnes. Chez DonkeyCode c’est top on s’entend bien et il n’y a pas de problèmes de ce côté-là. Pendant les études j’ai trouvé les personnes qu’il me fallait pour évoluer sereinement.

Que diriez-vous à des femmes qui se posent la question de choisir les métiers du numérique ? Quels sont les éléments gratifiants de ce métier qui peuvent donner envie aussi bien aux femmes qu’aux hommes ?

Sophie : Je leur dirais de ne jamais se fermer de portes, et ce dans tous les domaines 🤗. Tous les métiers peuvent être gratifiants selon les goûts de la personne : il faut juste s’écouter. Pour moi, l’univers du développement est gratifiant car c’est un métier où on résout des énigmes. J’aime aussi coder car ce monde est sous contrôle. Le développement est logique et binaire : le contraire de notre société comme on vient d’en parler.

Noëlie : Si vous aimez résoudre des problèmes, trouver des solutions, enquêter, comprendre, apprendre, que le manque de femmes ne vous décourage pas, et vous voulez / pouvez changer ça pour les générations à venir alors c’est la bonne filière.

Aujourd’hui je m’épanouis dans ce que j’aime le plus c’est-à-dire résoudre des problèmes. Faciliter la vie des gens, découvrir plein de technologies et sphères différentes car chaque projet a ses spécificités et ses clients.

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